Clément JANNEQUIN

          Clément JANNEQUIN (1480 - 1560)

 

Clément Janequin apparaît comme le maître de la chanson polyphonique au XVIe  siècle. Clerc, il a été plus original dans le domaine de la musique profane que dans celui de la musique sacrée. Son nom demeure attaché aux Amours de Ronsard, à quelques poèmes de François Ier qu'il illustre musicalement, comme il célèbre les campagnes de François de Guise dont il était le chapelain. Mais son domaine propre est la chanson descriptive où il excelle. Elle lui vaut une renommée européenne dont la France à sa mort ne s'était pas encore aperçue.

Né à Châtellerault en 1485, Clément Janequin, présume-t-on, reçoit sa première formation musicale dans la maîtrise de cette ville. Selon Ronsard, il aurait été disciple de Josquin des Prés.
Il s'établit dès 1505 dans les environs de Bordeaux, au service de Lancelot du Fau, président des enquêtes au Parlement, vicaire général de l'archevêché, puis évêque de Luçon en 1515. A sa mort en 1523, l'archevêque de Bordeaux, Jean de Foix, recueille le jeune Janequin qui avait entre-temps achevé des études qui lui ouvraient l'accès aux ordres. Chanoine de Saint-Emilion en 1525, il a, jusqu'en 1531, plusieurs prébendes de la région bordelaise.
Sa renommée grandit assez rapidement puisque, en 1529, l'éditeur parisien Pierre Attaingnant commence à publier ses oeuvres, dont les premières chansons descriptives, qui allaient connaître un succès européen.
Son frère Simon réside à Angers. C'est sans doute ce qui incite Janequin à se rendre en cette ville en 1531. Il y devient chapelain puis maître de la "psallette" de la cathédrale. En 1548, il poursuit des études à l'université de cette ville. Entre août et octobre 1549, il s'installe définitivement à Paris, rue de la Sorbonne. On le retrouve à l'université de Paris où cet étudiant sexagénaire se lie avec son cadet Claude Goudimel, grâce à qui il se fait éditer chez Nicolas Du Chemin. Puis il s'associe au petit groupe (Pierre Certon, Marc-Antoine Muret, Goudimel) qui travaille à l'illustration musicale des Amours de Ronsard.
Il fréquente les puissants du jour, gravitant autour de la cour de Henri II, bénéficie de la protection du cardinal Jean de Lorraine et de François de Guise, qui en fait son chapelain. Il remercie ce puissant personnage par la dédicace de nouvelles chansons descriptives célébrant les victoires de Metz et de Renty. Il parvient enfin à entrer à la chapelle royale comme "chantre ordinaire" sous les ordres de Claudin de Sermisy. Ce n'est qu'à l'extrême fin de sa vie, en 1555, qu'il obtint le titre envié de "compositeur ordinaire du Roi".
Il se consacre dès lors à la composition d'oeuvres religieuses: Lamentations de Jérémie,Proverbes de SalomonPsaumes. Dans ses Psaumes, Janequin utilise les mélodies traditionnelles du psautier huguenot, mais rien ne permet de penser qu'il ait adhéré à la Réforme.
Cette carrière nomade (trois ans au maximum dans un même poste de maître de chapelle) est très atypique en France lorsqu'on sait qu'un Pierre Certon resta quarante ans à la Sainte-Chapelle. Janequin a recherché particulièrement la protection des grands seigneurs et a célébré les succès militaires des différents rois et ducs (François Ier avec La Bataille de Marignan et le duc de Guise avec la Bataille de Metz). Il n'en est tiré guère de profit, se ruinant dans d'interminables procès avec son frère aîné qu'il accusait de lui avoir volé sa part d'héritage.

Oeuvres sacrées:

  • deux messes, d'attribution douteuse, dont l'une sur sa chanson La Bataille de Marignan,
  • un motet,
  • 50 psaumes à 4 voix (1549), puis 82 en 1559 (textes de Clément Marot et Théodore de Bèze),
  • des Lamentations de Jérémie (1556),
  • des Proverbes de Salomon (1558),
  • peut-être un volume de motets perdu (1533).

Oeuvres profanes:

254 chansons, la plupart à 4 voix, dont les grandes fresques La Guerre (ou La Bataille de Marignan), Le Chant des OiseauxLes Cris de Paris et Le Caquet des Femmes (à 5 voix)). Les autres chansons, comme Un mari se voulant coucher, sont de moindre dimension.

Commentaire:

Janequin a peu composé pour l'église. On lui doit seulement deux messes polyphoniques sur des thèmes de chansons: messe La Bataille (1534) et messe L'Aveuglé dieu (1538). Un seul motet nous reste, Congregati sunt, à quatre voix. On lui doit en outre cinq recueils de psaumes et chansons spirituelles, mais la partie la plus importante et la plus représentative de l'oeuvre de Janequin reste les quelque trois cents chansons publiées à partir de 1520 par Andrea Antico à Rome, et successivement à Paris par Pierre Attaingnant, Nicolas Du Chemin, Adrien Le Roy et Robert Ballard, enfin par Jacques Moderne à Lyon. Outre les nombreuses anthologies, groupant selon l'usage du temps des chansons de plusieurs auteurs, il convient de souligner que tous les éditeurs parisiens ci-dessus cités ont consacré des recueils entiers à la seule production de Janequin.

Si la musique religieuse de Janequin paraît assez pâle, comparée à celle de son aînéJosquin Des Prés ou à celle de ses contemporains flamands et protestants, ses chansons en revanche constituent un modèle du genre. Le règne de François Ier marque l'apogée de cette forme particulière dite "chanson française" ou mieux "chanson parisienne" qui allait, dans la seconde partie du XVIe siècle, céder la place au madrigal italien.
On peut distinguer trois styles dans cet abondant répertoire de chansons: les deux premiers (chanson sentimentale, chanson grivoise) ont été pratiqués par la plupart des musiciens français de l'époque (citons, aux côtés de Janequin, SermisyCertonPassereau, Hesdin, Jacotin, Sandrin, Le Heurteur...), le troisième (la chanson descriptive) appartient en propre à Janequin.

La chanson sentimentale, composée sur des thèmes poétiques assez conventionnels, est généralement de mouvement modéré, avec des mélodies simples souvent ornées de mélismes; sa fluidité fait son charme (mentionnons comme exemple de ce type chez Janequin, L'amour, la mort et la vie, ainsi que la chanson Qu'est-ce d'amour? sur des vers de François Ier).
La chanson grivoise, souvent très rabelaisienne, se signale par sa vivacité: les valeurs sont brèves, le texte déclamé syllabiquement, souvent entrecoupé de mots inventés aux sonorités cocasses; l'écriture contrapuntique y est généralement serrée avec des rebondissements rythmiques qui confèrent à ces courtes pièces un dynamisme inimitable. Au reste, ce genre est resté l'apanage des musiciens français et Janequin l'a traité en virtuose (citons, entre autres, les chansons La plus belle de la villeUn petit coup ma mieDu beau tétinOr viens çà ma mie PerretteAu joli jeu de pousse-avant...
Enfin la partie la plus originale et la plus célèbre de l'oeuvre de Janequin est constituée par les grandes chansons descriptives, de dimensions beaucoup plus amples que les autres et qu'on peut considérer comme les ancêtres de ce qu'on appelle "la musique à programme". Les premières en date restent les plus connues: Le Chant des oiseauxLa Guerre (La bataille de MarignanLa Chasse ("Gentils veneurs", retraçant les péripéties d'une chasse de François Ier en forêt de Fontainebleau); L'AlouetteLes Cris de Paris. Vinrent ensuite: Le Caquet des femmes, à 5 voix, et plus tard Le Siège de Metz et La Guerre de Renty.
La forme de ces chansons à programme apparaît libre, conditionnée par le sujet traité: dans Le Chant des oiseaux, un refrain, "Réveillez-vous, coeurs endormis", et plusieurs couplets, chacun consacré à un oiseau différent; dans la plupart des autres, deux grandes parties, introduites par une sorte de frontispice solennel en style d'imitation.

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